L'arrivée de l'inspecteur
La pluie tombait depuis le début de la nuit sur les collines qui entouraient la propriété des Fox, une pluie de novembre obstinée et froide qui ne ressemblait pas à une averse ordinaire mais à une décision du ciel, comme si le ciel lui-même avait quelque chose à cacher sous ses voiles gris. Les collines du Vexin, douces le jour et presque bienveillantes sous le soleil d'été, avaient pris dans l'obscurité une allure hostile, leurs silhouettes noires se découpant contre un fond de nuages en mouvement perpétuel.
À travers les immenses grilles noires forgées à l'ancienne — des grilles du Second Empire, hautes de quatre mètres, ornées de fleurs de lys et de pointes redoutables — les phares d'une berline de police découpaient difficilement l'allée bordée de cyprès centenaires. Les arbres formaient de chaque côté une haie funèbre, leurs silhouettes effilées se balançant légèrement sous la bourrasque comme des gardiens indifférents. L'allée était longue, très longue, pavée d'une pierre ancienne dont certains blocs avaient cédé sous les années pour laisser place à de la boue et aux herbes sauvages que personne ne semblait avoir songé à couper depuis l'automne.
Le domaine semblait interminable. Chaque virage révélait une nouvelle aile de la demeure ou un morceau de parc noyé dans le brouillard — une pergola abandonnée couverte de glycine morte, un bassin aux eaux noires et immobiles où flottait une feuille de nénuphar comme une main tendue, une remise aux portes battantes dont les gonds avaient rendu depuis longtemps. La propriété avait dû être splendide à une époque. On en devinait encore la grandeur passée dans les proportions majestueuses des façades, dans l'ordonnancement classique des fenêtres, dans la qualité de la pierre qui, même sous la pluie et dans la nuit, gardait une dignité certaine. Mais quelque chose en elle avait imperceptiblement glissé vers le déclin, comme une vieille aristocrate qui aurait renoncé à tenir son rang sans pour autant admettre sa défaite.
Louis Vernay, lieutenant de la brigade criminelle de Pontoise, attendait sous le porche principal lorsque la berline finit enfin par s'arrêter dans un crissement de pneus sur les pavés mouillés. Louis était massif comme une armoire normande, le genre d'homme dont on remarque d'abord les épaules avant le visage, et qui porte la carrure de ses ancêtres paysans comme d'autres portent un héritage. Il avait quarante ans, un visage que la fatigue creusait inégalement — plus profond du côté gauche, là où il avait l'habitude de poser la joue sur sa main pour réfléchir — et la façon de se tenir légèrement penché en avant des hommes de grande taille qui ont appris tôt à ne pas dépasser du cadre de porte. Il avait relevé le col de son imperméable beige et tenait à la main une tasse de café en plastique dont la vapeur disparaissait aussitôt dans l'air froid. Ses chaussures étaient trempées. Il ne s'en plaignit pas. Ce n'était pas le genre de Louis.
Arnaud Basquez sortit lentement de la voiture, comme toujours, avec cette économie de gestes qui lui était propre et que certains de ses collègues, les plus jeunes, prenaient pour de la nonchalance. C'était une erreur. C'était en réalité une forme de concentration absolue, la façon qu'avait l'inspecteur de prendre possession d'un lieu avant d'y mettre les mains. Il rajusta son imperméable sombre — un manteau qu'il portait depuis quatorze ans, qui avait pris la forme exacte de ses épaules et dont il refusait de se séparer malgré les suggestions répétées de sa femme, puis de ses collègues, et maintenant de sa fille — et leva les yeux vers la bâtisse.
Arnaud Basquez avait cinquante-huit ans, des cheveux gris-fer qu'il ne prenait pas la peine de coiffer autrement qu'avec les doigts, des traits marqués que la lumière crue des projecteurs d'urgence accentuait ce soir avec une brutalité particulière. Son nez avait été cassé deux fois — une fois en service, lors d'une arrestation qui avait mal tourné dans les années quatre-vingt-dix, une fois lors d'une histoire de poker à Lyon qu'il n'évoquait jamais. Ses yeux étaient d'un bleu presque décoloré, du bleu de certains jours de gel en février, des yeux qui ne lâchaient jamais ce qu'ils regardaient et qui donnaient à leur propriétaire un aspect de surveillance permanente, même au repos, même assis, même à demi endormi dans sa voiture sur la route qui l'avait amené ici.
Il dégageait une autorité calme, celle des hommes qui n'ont plus rien à prouver mais tout à comprendre. Rien ne lui échappait ce soir, il en était déjà certain — ni la tasse de café dans la main de Louis, ni la lumière allumée au troisième étage derrière une fenêtre qui donnait sur une pièce sans balcon, ni les traces de pneus récentes sur les pavés, à l'angle du bâtiment, trop étroites pour être celles d'un véhicule de police.
Les deux hommes traversèrent un vestibule dallé de marbre noir et blanc — le marbre était ébréché par endroits, taché par d'autres, mais la disposition en damier gardait une élégance indéniable, comme la mémoire de quelque chose de beau. Puis de longs couloirs décorés de tableaux anciens. Des portraits d'hommes en redingote et de femmes en robes à crinoline dont les regards suivaient les visiteurs avec l'insistance caractéristique de la peinture flamande. Des paysages de chasse. Une marine dans un lourd cadre doré. Un portrait d'enfant aux yeux trop grands, presque inquiétants, dont l'expression semblait demander quelque chose qu'on ne lui avait jamais accordé.
Les murs sentaient la cire et le vieux bois, cette odeur particulière des maisons qui ont été entretenues avec application pendant des décennies puis qui ont commencé, insensiblement, à être négligées. L'odeur de la richesse qui s'effiloche. Le silence oppressant du manoir n'était interrompu que par le bruit lointain de l'orage — il tonnait quelque part à l'est, du côté de la forêt — et le craquement du parquet en chêne massif sous leurs pas, un parquet qui avait dû être magnifique au temps de sa pose et qui maintenant grinçait à chaque foulée comme une mauvaise conscience.
Basquez notait tout en marchant, sans ralentir, sans regarder ostensiblement. La poussière sur les appliques murales. Le verre brisé d'un cadre réparé avec du scotch transparent qui avait jauni. Une veste d'homme jetée négligemment sur une chaise dans un recoin du couloir — trop petite pour le procureur, trop soignée pour Mathias. Une odeur de cigare froide qui persistait dans l'air, un cigare qu'on n'avait pas fumé ce soir. Et quelque chose d'autre, à peine perceptible, que les trente-deux ans de métier de l'inspecteur reconnaissaient avant même que sa conscience pût le nommer : une tension dans l'air elle-même, comme avant un orage qui tarde à éclater. La tension des maisons où il s'est passé quelque chose d'irréparable.