Chapitre X

Les aveux impossibles

L'hopital

Les néons blancs du service de réanimation donnaient au couloir un aspect irréel, une lumière qui ne ressemblait à aucune lumière naturelle — ni au jour ni à la nuit, une lumière de nulle part qui rendait les visages livides et les ombres inexistantes. L'odeur était celle de tous les hôpitaux du monde : désinfectant, plastique chauffé par les appareils, et quelque chose d'autre en dessous, quelque chose qu'on apprenait à ne pas nommer.

Paula était réveillée. Ses yeux fixaient le plafond de la chambre avec une intensité qui n'avait rien de vide — c'était au contraire le regard de quelqu'un qui pense très vite dans un corps qui ne peut presque plus bouger. Des bandages recouvraient ses bras, son torse et une partie de son visage. Des tubes et des fils partaient dans toutes les directions. Le moniteur cardiaque émettait un bip régulier, métronome rassurant et inquiétant à la fois.

Basquez
« Paula. Vous n'êtes pas obligée de me parler. Mais laissez-moi vous dire que je suis heureux de vous voir en vie. »
Silence. Le moniteur. Le bip régulier.
Basquez
« Paula, vous êtes sûre que vous ne voulez pas me dire quelque chose ? »
Paula
« Pourquoi faire... »
Basquez
« Pour mettre en prison le monstre qui vous a fait ça ! »
Paula
« Allez-y... arrêtez-le... »
Basquez
« J'ai besoin de votre témoignage. C'est bien Mathias qui a tenté de vous tuer ? »
Paula fixa à nouveau le mur. Et ne parla plus.

Cette réaction troubla profondément Basquez. Elle n'avait pas nié. Elle n'avait pas acquiescé. Elle s'était simplement retirée, comme quelqu'un qui pèse les conséquences de ce qu'il est sur le point de dire et qui décide que le prix est trop élevé.

Basquez
« Paula, dites-moi ce qui s'est passé. Comment avez-vous fermé la porte après le départ de Mathias ? »
Paula
« ... »
Basquez
« Faites-moi des aveux et il passera le reste de sa vie en prison. »
Paula
« Non. »
Basquez
« Mais pourquoi ? C'est bien lui qui s'est introduit dans votre chambre, comme tant de matins, pour vous violer. »
Les yeux de Paula se remplirent de larmes.
Paula
« Ce n'est pas lui le coupable... Laissez-moi, s'il vous plaît. Je ne ferai plus de déclaration. Je veux me reposer. »

Basquez, choqué par cette révélation, se figea. Puis, lentement, la pièce manquante du puzzle s'enclencha. Il sortit dans le couloir, s'appuya contre le mur et ferma les yeux trente secondes.

Ce n'était pas Mathias qui avait blessé Paula.

C'était Paula qui s'était blessée elle-même.

La porte fermée à double tour.

La traînée de sang vers la bibliothèque et non vers la sortie.

Les manuels de médecine annotés.

Le bras gauche intact.

Le couteau dans le jardin avec les empreintes de Mathias.

Tout s'assembla dans son esprit avec la netteté brutale d'une évidence qu'on n'avait pas voulu voir.

Il composa immédiatement le numéro du procureur Fox.

Basquez
« Monsieur le procureur, j'ai de bonnes nouvelles. Paula a ouvert un œil, elle ne parle pas encore mais on peut espérer qu'elle retrouve la parole d'ici peu. »
Fox
« Très bien, inspecteur... elle va pouvoir disculper Mathias. »
Basquez
« Je vous le souhaite... »
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