Le piège
Basquez avait placé deux agents en civil dans le couloir menant au bureau du procureur avant de diffuser faussement l'information que Paula avait repris conscience. Il avait calculé cette nouvelle comme on place une pièce aux échecs — pas pour la partie en cours, mais pour la prochaine.
La conversation fut enregistrée à 23h14.
Fox (voix basse, rapide) : « Écoute-moi bien, espèce de morveux. Si tu as fait une connerie avec Paula, sache qu'elle va retrouver la parole d'ici peu. Donc si elle fait des aveux contre toi, tu prends la perpétuité et moi ma carrière est finie. »
Mathias : « J'ai rien fait je te dis, papa ! »
Fox : « Je m'en fous que tu aies fait ou non. Le résultat sera le même si elle signe des aveux. Tu comprends ce que je te dis ? »
Mathias : « ... »
Fox : « Mathias. Tu comprends ? »
(Silence. Trente-deux secondes.)
Mathias : « Je comprends, papa. »
Mathias arriva d'un air nonchalant qui était un effort visible. Ses mains trahissaient ce que son visage s'efforçait de dissimuler — elles tremblaient légèrement, imperceptiblement pour quelqu'un qui ne chercherait pas, mais Basquez cherchait toujours.
Pour la première fois depuis le début de l'enquête, l'assurance arrogante du jeune homme avait entièrement disparu. Ce qu'il restait dessous n'était pas beau à voir. Pas un homme mauvais dans l'âme — ça aurait été plus simple. Quelque chose de plus banal et de plus irréparable : un homme qui avait grandi sans jamais avoir à porter les conséquences de ce qu'il faisait, et qui se retrouvait maintenant à devoir les porter toutes en même temps.