Chapitre XIII

Au bord du lac

Le lac

Une petite maison isolée au bord d'un lac baignait dans la lumière du matin. L'eau était immobile et réfléchissait le ciel bleu pâle de novembre avec la précision d'un miroir légèrement terni — un ciel lavé, sans nuages, le genre de ciel qui arrive parfois après de longues pluies et qui ressemble à une promesse modeste mais tenue. Les roseaux bruissaient doucement au bord de l'eau. Un héron gris se tenait immobile sur un rocher, comme s'il faisait partie du paysage depuis toujours, comme s'il attendait quelque chose qu'il n'attendait plus.

Paula Davis était assise sur un banc devant la maison, enveloppée dans un grand pull de laine beige trop grand pour elle — elle l'avait acheté dans une brocante du village voisin la semaine précédente, et elle s'y sentait bien, dans ce vêtement qui ne la serrait nulle part. Elle portait encore des pansements fins sur les avant-bras, mais son visage avait retrouvé quelque chose — pas de la joie, pas encore, mais une forme de présence, d'existence consciente et délibérée, comme si elle avait décidé d'être là.

Basquez
« Mathias est en prison pour un moment. Prenez soin de vous, mademoiselle. Vous allez pouvoir refaire votre vie. »
Paula
« Merci, inspecteur. »

Basquez s'apprêta à partir. Il fit quelques pas en direction du chemin de gravier, puis s'arrêta, comme s'il venait de se souvenir de quelque chose. Il fouilla dans la poche intérieure de son imperméable et en sortit quelque chose enveloppé dans un chiffon blanc.

Basquez
« Ah oui, j'allais oublier. Tenez. »

Il tendit à Paula un couteau à manche de bois sombre avec les initiales P.D. gravées dessus. Elle le reconnut. Ses mains se refermèrent dessus lentement, comme on referme les doigts sur quelque chose à soi qu'on avait cru perdre pour toujours.

Basquez
« J'espère que vous n'aurez plus à vous en servir, mademoiselle. »

Il s'éloigna sous le regard de Paula — ébahi d'abord, puis quelque chose d'autre, quelque chose qui n'avait pas de nom simple mais qui ressemblait à une forme de paix très fragile, le genre qu'on construit lentement, brique par brique, sur les ruines de ce qui a brûlé.

Elle regarda longtemps l'inspecteur disparaître sur le chemin de gravier. Puis elle se tourna vers le lac. Le héron s'envola sans bruit et se perdit dans le ciel bleu pâle.

Paula ferma les yeux et laissa le soleil du matin atteindre son visage.

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