Chapitre VI

Basquez seul

Arnaud Basquez avait commencé à faire ce métier parce qu'il était trop impatient pour être médecin et pas assez patient pour être avocat. C'est ce qu'il racontait quand on lui demandait, avec ce sourire légèrement décalé des hommes qui ont transformé leur véritable raison en anecdote de comptoir.

La véritable raison, qu'il n'avait dite qu'à sa femme Élise une nuit de 1992, pendant une coupure de courant dans leur premier appartement à Versailles, était plus simple et moins racontable : il ne supportait pas de ne pas savoir. Ce n'était pas de la curiosité — la curiosité est légère, agréable, elle s'accommode de rester sur le seuil. Ce que ressentait Basquez face à un mystère non résolu ressemblait plutôt à une démangeaison physique, quelque chose derrière les côtes qu'il ne pouvait pas atteindre et qui ne le lâchait pas avant d'avoir trouvé la réponse.

Trente-deux ans plus tard, Élise était morte d'un cancer du pancréas diagnostiqué trop tard, leur fille vivait à Bordeaux avec des enfants qu'il ne voyait pas assez, et Basquez habitait un appartement de trois pièces à Cergy dont il ne tirait aucune fierté et dont il ne changerait pas pour la retraite, parce que la retraite était une idée qu'il remettait chaque année à l'année suivante avec la vague honte de quelqu'un qui ne sait pas quoi faire avec le silence.

Ce matin-là, assis sur un banc du jardin des Fox dans l'air froid de l'aube, sa tasse de café entre les paumes, il pensait à Élise. Non pas à sa mort ni à sa maladie, mais à une chose qu'elle lui avait dite, une fois, en le regardant travailler sur un dossier épineux un dimanche matin pendant que les enfants dormaient encore : Tu sais ce qui me rend triste avec toi ? C'est pas les heures. C'est que tu fais plus de mal aux coupables qu'aux victimes.

Il n'avait pas compris ce qu'elle voulait dire sur le moment. Ce matin, dans ce jardin, avec cette affaire, il commençait à comprendre.

Il y avait des affaires qui demandaient d'être résolues et des affaires qui demandaient d'être réparées. Et les deux n'étaient pas toujours la même chose.

  • Mathias Fox : empreintes sur le couteau, violences répétées confirmées par Irène
  • Hugo Fox : témoin passif, a subtilisé le passeport de Paula — complice moral
  • Procureur Fox : pression institutionnelle, conflit d'intérêts flagrant
  • Paula : blessures évitant les zones vitales, bras gauche intact (gauchère)
  • Question centrale : qui a fermé la porte à double tour ?
  • Bibliothèque : parquet gondolé — objet caché dessous ?
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