Chapitre VII

Les confidences

De retour à la propriété des Fox, la pluie s'était arrêtée. Le manoir semblait encore plus oppressant dans le silence humide qui avait suivi l'orage, cette tranquillité fausse des nuits d'après-pluie où tout semble lavé mais rien n'est résolu. La brume s'était épaissie et traînait entre les cyprès comme de la ouate grise, estompant les contours de la propriété jusqu'à lui donner l'apparence d'une chose à demi réelle, à demi rêvée.

Basquez
« Vous avez demandé à me parler, madame Irène ? »
Irène regarda autour d'elle avant de répondre, avec le réflexe de quelqu'un qui a passé trop d'années à surveiller qui pouvait l'entendre.
Irène
« Oui, inspecteur... il y a des choses que j'ai sur le cœur depuis longtemps. »
Basquez
« Je vous en prie. Faites donc. »
Irène
« Tous les matins, je prends mon service à 7h et je passe devant la chambre de Paula pour aller chercher mon matériel dans la buanderie du fond. Quelquefois, j'ai entendu... qu'elle n'était pas seule. »
Basquez
« Vous voulez dire qu'elle fréquente un des fils ? »
Irène
« Elle ne le fréquente pas. Elle le hait. Et pourtant ils ont des ébats bruyants. »
Le regard de Basquez se durcit imperceptiblement.
Basquez
« Vous pensez qu'il abusait d'elle ? »
Irène
« Je ne pense pas. J'en suis sûre. Je sais que c'est Mathias, car je l'ai vu sortir plusieurs fois de sa chambre à cette heure-là. Il remettait sa ceinture en marchant, comme si ça lui était aussi naturel que de refermer une porte. »
Basquez
« Et pourquoi n'a-t-elle pas déposé plainte ? »
Irène eut un rire amer, bref, qui n'avait rien de drôle.
Irène
« Vous rigolez, inspecteur ? Plainte contre le fils du procureur ? Elle ne parlait même pas correctement la langue. Pas de famille, pas d'argent, pas de papiers depuis qu'Hugo les lui a pris. Elle vient du Mexique où elle était orpheline. Qui vous dit qu'on l'aurait crue, elle, plutôt que lui ? »
Basquez
« Oui... je comprends. Merci, Irène. »

Basquez serra les mâchoires. C'était une question qui n'attendait pas de réponse — ou plutôt dont la réponse était si évidente qu'elle n'avait pas besoin d'être formulée.

· · ·

Rachel fumait nerveusement près d'une fenêtre entrouverte sur le jardin nocturne. La cuisine était vaste, professionnelle, avec des plans de travail en inox et des casseroles en cuivre accrochées au plafond. Il y avait quelque chose de solitaire dans cette pièce, quelque chose de travaillé et de non partagé — une cuisine qu'une seule personne utilisait vraiment, pour des convives qui ne la voyaient jamais.

Rachel
« Elle n'avait même plus son passeport. Soi-disant elle l'avait perdu, mais je suis sûre que c'est Hugo qui le lui a subtilisé. Sans passeport, pas de fuite possible. »
Basquez
« Vous travaillez ici depuis combien de temps ? »
Rachel
« Deux ans. Mais croyez-moi, je ne vais pas faire de vieux os dans cette famille de cinglés. Entre Hugo qui se prend pour un auteur maudit, Mathias qui passe son temps à se saouler, et leur père jamais là... c'est un enfer. Et personne ne voit rien. Ou plutôt, tout le monde voit et personne ne dit. »
Basquez
« Vous pensez que Hugo en voulait à Paula ? »
Rachel
« Il en avait fait son sujet d'écriture. Il était obsédé par elle. Il prenait des notes sur elle dans ce foutu carnet noir. Ce qu'elle lisait, comment elle dormait, si elle avait pleuré. Elle le savait. Ça l'horrifiait autant que l'autre. »
Basquez
« Elle vous en parlait ? »
Rachel
« Elle ne parlait pas beaucoup... Pauvre fille. »
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